Lutte contre la pauvreté : Qui l’emporte?

Après les milliards de dollars que le gouvernement et les communautés ont dépensés pour lutter contre la pauvreté, on pourrait se demander si cela a eu un quelconque impact mesurable. Les gens s’en sortent-ils mieux aujourd’hui que si rien n’avait été fait, ou nous leurrons-nous en pensant que nous pouvons changer le cours économique de l’histoire? La réponse est sans équivoque : oui, nous avons eu un impact. Alors pourquoi la lutte contre la pauvreté constitue-t-elle encore une priorité pour la communauté juive de Montréal?

Il s’agit d’une question légitime à laquelle nous avons nous-mêmes été confrontés. La réponse peut se résumer ainsi : une communauté changeante et vieillissante, un besoin de programmes gouvernementaux plus complets et la nécessité de reconceptualiser ce à quoi pourrait ressembler une « solution à la pauvreté ».

Qui nous sommes aujourd’hui est différent de qui nous étions il y a 50 ans.

La démographie de notre communauté change : on compte plus de personnes âgées et moins d’enfants qu’avant. Tandis que les gens vivent plus longtemps sur des revenus fixes, le nombre de pauvres parmi nos personnes âgées continue à grandir tout comme la pression sur les régimes de retraite publics, les services de santé, et les soins de longue durée au Canada. Toutefois, le gouvernement fédéral a fait d’importants progrès en octroyant un revenu de base minimum aux personnes âgées par l’entremise d’une composante universelle (Sécurité de la vieillesse), d’un impôt négatif sur le revenu (Supplément de revenu garanti) et d’une composante revenu (Régimes de retraite du Canada/Québec).

Profitant de cet élan, une forte augmentation des prestations familiales fédérales et provinciales en 2016 et 2018 a garanti que les familles à faibles revenus reçoivent un gros coup de pouce sur le plan des revenus de base. Ottawa a augmenté l’Allocation canadienne pour enfants et Québec lui a emboîté le pas cette année. Le Programme d’aide sociale du Québec a mis en place un plan qui a considérablement bonifié l’aide sociale pour les personnes les plus vulnérables considérées inaptes au travail en augmentant les prestations chaque année pendant les cinq années à venir.

Mais tout le monde ne bénéficie pas des avantages de ces programmes.

Les adultes vulnérables et âgés de plus de 45 ans qui vivent seuls, les familles monoparentales et les personnes ayant des handicaps tant mentaux que physiques sont souvent oubliés de ces campagnes législatives bien intentionnées. En plus de vivre dans la pauvreté, nombre de ces personnes et de ces familles ont de la difficulté à être incluses dans notre communauté. L’exclusion sociale et économique joue en défaveur de nos membres les plus vulnérables.

L’argent seul ne résout pas la pauvreté.

Une chose est claire : notre communauté ne peut pas éliminer la pauvreté. Il incombe au gouvernement de fournir un filet de sécurité économique, de procurer des fonds pour les logements à prix modique et d’aider à combattre le chômage chez les plus vulnérables. Ce que nous, en tant que communauté, pouvons faire, c’est investir notre cœur et nos ressources pour offrir des programmes et des services qui procurent un changement durable pour l’avenir.

Notre but est d’aider aujourd’hui pour que les gens n’aient pas besoin de nous demain.

Quand des particuliers et des familles viennent nous demander une aide financière, nous voyons cela comme l’occasion de cibler l’une des causes profondes de leur instabilité financière et de les aider à assainir leurs finances, à devenir plus solides et, si possible, plus indépendants.

Comment aidons-nous? Nous étudions leur situation, leurs ressources et leurs aptitudes. En situation de crise, nous répondons sur-le-champ. Nous posons les questions qui nous permettent ensemble de trouver une solution à long terme. Investir dans le soutien aux services sociaux, créer des programmes d’enseignement et d’aide aux devoirs, fournir des mentors avec lesquels les enfants et les jeunes peuvent nouer une relation constructive, offrir des services aux jeunes adultes vulnérables, développer les compétences financières, intégrer les nouveaux arrivants, soutenir l’employabilité, tenir des ateliers axés sur le développement de compétences, organiser des stages pour les personnes difficiles à placer, donner des conseils en matière de carrière – tous ces services visent à aider notre clientèle à devenir autonome. Dans l’optique de les aider à développer les compétences et la confiance émotionnelle nécessaires pour aller de l’avant, voir un avenir, et faire des plans pour atteindre leurs objectifs.

Notre mission reste claire : nous sommes la canne à pêche. En période de crise, nous pouvons donner un poisson – ce que nous faisons –, mais nous connaissons les meilleures pratiques. Donner passivement de l’argent ne réduit pas la pauvreté. Cette solution n’est pas durable et n’a aucun impact sur le long terme. Aider les gens en leur apportant du soutien et des conseils, les inclure dans notre communauté, leur donner de la formation, un emploi, des compétences et un logement à prix modique : voilà ce qui est durable et a un impact sur le long terme.

Nos services reposent sur un plan et des critères qui s’appliquent à tout le monde. Notre but est d’aider les gens à se prendre en main et nous croyons que quand on leur donne la chance de prendre les meilleures décisions et qu’on les soutient, ils se montrent à la hauteur. Nous pensons que c’est une lutte qui vaut la peine d’être menée.

Signature : Susan Karpman est Chef de la programmation à l’Agence Ometz.

Relations médias

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Agence Ometz
1, carré Cummings,
5151 chemin de la Côte-Sainte-Catherine
Montréal, Québec H3W 1M6

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